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L’esquive de la réflexion
mercredi 8 septembre 2010 - H16

En ce jour d’inaction généralisée des salariés d’un secteur jadis connu sous le nom de service public, Jean-François Copé nous propose, dans une de ces interviews pleines de petites phrases à double-sens, une analyse bien particulière de la situation.
L’article du Figaro consacré aux habituelles et prévisibles déclarations du président du groupe UMP à l’Assemblée commence en fanfare avec un titre tout à fait d’actualité : pour Copé, “personne ne peut esquiver la réalité”.
Et c’est donc sous ce postulat audacieux que nous nous placerons pour analyser tant ce qui se passe aujourd’hui, dans les rues de France où des milliers de saucisses vont griller dans des barbecues citoyens, que ce qui se passe aussi sous les dorures d’une Cinquième République qui n’en finit pas d’agoniser.
On pourra tout d’abord noter que notre ami Jean-François est assez culotté pour aller dénicher les poutres coincées dans les yeux des socialistes de gauche, en oubliant – avec la décontraction du cuistre – celles enfichées dans les coins sombres des socialistes de droite.
En terme de déni de réalité, l’ensemble de la classe politique est en effet passée en trente ans du stade de l’oubli partiel calculé à celui de la démence pathologique caractérisée, devant laquelle n’importe quelle Mamie Alzheimer se pose en modèle de logique et de cohérence intellectuelle.

Et pour s’en convaincre, il suffit tout simplement de lire les premières réponses aux questions téléphonées (et probablement téléphoniques) du Figaro.
On apprend tout d’abord que, selon Copé et sa vision de la réalité, le report de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans est “la seule attitude possible”. Notant que tous les autres pays ont déjà reculé leurs âges légaux de retraite, il en conclut que la France se devait de le faire elle aussi.
Ici, on est bien sûr dans l’incantatoire, et tout autant que d’habitude, dans l’incohérence.
L’incantatoire, puisqu’en réalité, il ne devrait pas appartenir à l’Etat, en aucune façon, de déterminer pour chaque individu l’âge auquel il doit se sentir suffisamment fatigué pour partir en retraite. De même que l’entrée sur le marché du travail est autant un compromis entre les choix individuels que les possibilités d’absorption du marché, le passage à la retraite devrait en aller exactement de la même façon : l’Etat n’est en rien omniscient et ne peut donc juger, a priori ou a posteriori, de l’état général d’un individu. Le passage en retraite devrait, au final, être un choix exclusivement individuel, mûri en soupesant le besoin, l’envie de rester dans le monde du travail et celui de le quitter avec l’éventuelle et compréhensible, calculable et planifiable perte possible de revenus…
Pourtant, c’est bien à lui qu’on va faire appel pour imposer à tous un âge légal. Copé part donc du postulat que cet Etat a raison de venir s’immiscer dans la vie de chacun. On pourra supposer que l’étape suivante, c’est la date légale de mort, permettant de désencombrer les maisons de repos.
Et l’incohérence, c’est tout simplement en remarquant que les déficits de la branche retraite sont déjà galopants, que les pays européens ont modifié les âges légaux depuis un moment déjà, que la démographie permettait d’envisager le problème depuis des lustres et qu’il n’y a pourtant rien eu de fait. S’appuyer sur les décisions (déjà tardives) des autres pour justifier qu’on prenne, maintenant, le même chemin tortueux, c’est un demi-aveux d’échec du système par répartition : il a foiré chez les autres, ils le rafistolent comme ils le peuvent depuis des années, nous nous devions de les rattraper.
Mais de réflexion de fond, finalement, point : l’échéance indépassable de 2012 pose un rideau opaque sur tout ce qui pourrait bien se passer au-delà ; la réforme doit passer parce que bon, c’est comme ça, c’était dans le programme. Que cette réforme soit à la fois basée sur une vision lamentable de la relation entre les citoyens et l’état, qu’elle arrive trop tard et soit, toute analyse faite, ridiculement inappropriée, qu’elle soit, dans les semaines qui viennent, progressivement rabotée jusqu’à ne plus ressembler à rien du tout, peu importe : elle sera passée et pourra être présentée, avec suffisamment de strass et de paillettes, comme un succès notoire, tout comme serait une réussite pour un proctologue l’introduction d’objets invasifs très larges et parfaitement inutiles sans déclencher de couinements du patient.
On a vu plus glorieux.

Et cette impression d’inconséquence et d’improvisation complète est confirmée dans les quelques paragraphes qui suivent : à un projet étudié et mûri sur une analyse construite intelligemment, on a troqué celui basé sur un slogan, fabriqué à renfort de moraline sur le précédent bien connu (“Travailler plus pour gagner plus”), pour nous en proposer une version qui, soyons clair, sent un peu l’urine : “Travailler mieux pour gagner plus ensemble”.
On pousse ici la langue de bois et le groupisme cher aux socialistes de tous crins à son paroxysme : il ne s’agit plus de travailler plus, mais mieux, avec tout ce que ce flou peut recouvrir, et on ne gagne plus que si on le fait ensemble, parce que toussenssemblonpeutyarriver, gna gna gna. Désolé si ça colle un peu, mais c’est le principe des slogans gluants.
Bref : toute réflexion sur la nature même des retraites par répartition, sur une alternative totale ou partielle, sur une reprise en compte de la responsabilité individuelle, toute étude de ce qui existe dans les autres pays, de ce qui fonctionne, de ce qui a été vraiment fait, tout ça aura bien vite été écarté.
Copé pourra donc se consacrer à proposer de dynamiter l’UMP, pardon, le dynamiser, étudier les turpitudes de Woerth dont – soyons bien clair – tout le monde se fiche, et partir dans des considérations et des petits bisous sur les fesses de Juppé (dont le pantalon n’est toujours pas remonté depuis les grèves de 1995).
Pendant ce temps, la syndicratie – qui peine à rassembler 10% des salariés – montre ses petits muscles dans la rue, dans laquelle défileront tout ce que le pays compte de personnes pour qui la répartition (des richesses, des retraites et des responsabilités) constitue l’alpha et l’oméga de la pensée, tant qu’il s’agit de l’imposer aux autres et de se ménager ses propres portes de sorties.
Autrement dit, à l’insolente absence de réflexion, proposée par un Jean-François totalement conquis par le modèle de société français, répond l’immensité du vide sidéral de la réflexion du groupe habituel de pleureuses françaises, faisant violemment savoir qu’ils ne veulent aucun changement de leur modèle de société, en ponctuant le tout des cris traditionnel sur le mode “A mort les riches” en mode édulcoré pour ne pas effaroucher le bourgeois.
En ce 7 septembre 2010, la France sera donc paralysée par la grève, et continuera à rester totalement paralysée dans ses non-réflexions stériles, aux cadres rigides définis il y a plus de 60 ans dans un contexte historique maintenant complètement dépassé dans lequel même le formica ferait furieusement futuriste.
Ce pays est foutu.
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Forum
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Il n’a jamais été question dans la réforme des retraites de dire à quel age une personne doit partir en retraite. Ce n’est pas du tout de cela dont il est question. La reforme des retraites c’est simplement de répondre à la question "si je pars en retraite à tel age, que vas t-on me verser chaque mois ?" . Avec la reforme qu’il prépare la réponse du gouvernement est claire (en simplifiant). 1- Rien.... si vous quittez votre travail avant l’age de 62 ans. Les syndicats eux veulent obtenir la reponse suivante 2- Rien si vous partez avant 60 ans, mais une somme de X euros par mois si vous partez après 60 ans.
Il y aurait plein d’autres réponses à donner que ce deux là. En particulier des réponses de cet ordre sembleraient plus adaptéer et plus responsabilisante. 1- Si vous quittez votre travail à 58ans ,on pourra vous verser x euros -60% 2- Si vous quittez votre travail à 60 ans vous pourrez toucher xeuros -30% etc..
si vous quittez votre travail à 70 ans vous pourrez toucher x euros + 15%.Certains liberaux disent même qu’il faudrait assortir les reponses de davantage de précisions restrictives. Ce qui donnerait ,par exemple : si vous quittez votre travail à 60 ans on pourra vous verser x euros- 30% chaque mois en 2011 mais en 2012 et pour les années suivantes le montant sera recalculé en tenant compte des comptes annuels des caisses de retraite
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Quels libéraux ? Y’a-t-il de vrais libéraux en France, du moins parmi les politiciens médiatisés ?
Le principe même de toute ces histoires de retraite est anti-libertarienne. Si je veux prendre ma retraite à 40 ans ou bien à 75 ans, selon mes motivations, envies et moyen, ma foi, qui devrait s’en objecter ? L’idée serait simplement qu’une partie de chaque cotisation permette éventuellement de lisser un peu les retraites, très légèrement, pour que les plus démunis aient une retraite convenable.
Au Chili ils ont réglé le problème me semble-t-il. Chacun est responsable de sa propre retraite et ne s’appuie pas sur son voisin.
Que l’État m’oblige à côtiser à tel taux, à travailler jusqu’à tel âge sous peine de ceci ou cela, qu’il érige un système qui m’incite à ne pas travailler au-delà d’un certain âge, pour moi c’est une économie planifiée où l’individu n’est pas libre. Donc je doute fort que les libéraux que vous citez le soient sous le sens que l’on emploie sur ce site !
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Vous n’avez rien compris. Si vous voulez prendre votre retraite à 40 ans faites le, quittez votre entreprise, personne ne vous retient mais ne venez pas réclamer aux caisses de retraite le versement d’une retraite jusqu’à votre décès (ou alors demandez un barême special pour votre cas personnel, si ça vous interesse de toucher 50 ou 60 euros par mois). Ne dites pas que c’est l’Etat qui empêche les gens de travailler jusqu’à 75 ans au contraire l’etat les y incite mais ce sont les patrons qui ne sont plus d’accord pour les garder. D’autre part sachez que même avec une retraite par capitalisation qui ne marcherait pas en France comme l’a dit jacques Bichot invité par le PLD,les versements sont imposés
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« ...une retraite par capitalisation qui ne marcherait pas en France... »
Ça marche au Chili et dans une trentaine d’autres pays à travers le monde. Mais ça ne peut pas marcher en France ? Ce serait quoi le problème ? Génétique, culturel...
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Une retraite par capitalisation ne pourrait pas marcher en France. Jacques Bichot qui est un specialiste de la question (et un libéral) donne un diagnostic qui est nettement plus à prendre en considération que celui de quelqu’un qui,
d’une part ne vit pas en France ,
ensuite n’est pas venu assister à cette conférence à l’université d’été du PLD,
en tant qu’employé de restauration n’a aucune connaissance sérieuse en la matière à faire valoir
et fait référence à une ancienne dictature , le Chili, pays d’une très grande pauvreté qui n’a rien à voir avec la plupart des pays européens.
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On a droit à une litanie d’arguments qui tapent à côté :
un argument "du lieu dont on cause" : les étrangers seraient donc plus bêtes ?
un argument sans rapport
un ad hominem (faux de surcroît)
un amalgame et un mensonge (le Chili d’Allende a pas mal changé en 40 ans)Revenons à la question initiale : si vous avez bien compris Bichot, vous allez nous éclairer. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne pourrait marcher en France ?
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Les trois premiers points de la réponse relèvent d’amusants arguments ad hominem sans intérêt pertinent aucun.
Le 4e point faisant appel à l’argument ad pinochetum est également nul. Pour rappel, la Suède et Hong Kong sont également passés en tout ou partie à un système privé de pension par capitalisation.
Quant à la « très grande pauvreté du Chili qui n’a rien à voir avec la plupart des pays européens », on rappelera que ce pays est le seul sud-américain à avoir intégré l’OCDE, avant Israël même, qu’il bénéficie d’un PIB/hab. en parité de pouvoir d’achat de 15.000$ (c’est-à-dire équivalent à un pays comme la Pologne ou la Hongrie, et supérieur à la Roumanie, la Bulgarie ou la Russie).
Donc, on repose la question : si le Chili, la Suède, Hong Kong, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Russie, l’Estonie, la Lithuanie, l’Uruguay et un vingtaine d’autres pays dans le monde ont instauré en tout ou partie un système de pension privée par capitalisation, pourquoi la France ne pourrait-elle pas le faire ? L’exception française concernerait-elle également ce domaine ?
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Il fallait venir à l’université d’été du PLD et poser la question directement à Bichot qui se serait fait un plaisir à vous le démontrer. La politique ne se fait pas derrière son clavier sur internet, sinon ça se saurait.
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Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait (Winston Churchill)
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"Il fallait venir, parce que moi, je ne pourrai pas vous l’expliquer, je n’ai rien compris".
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Non. Il fallait venir parce que moi il m’a convaincu mais je n’ai pas la compétence d’en faire ma propre thèse (qui n’aurait aucune valeur) , ni d’en tirer une anti-thése comme vous. Ni de poser (à votre place) les questions (dérangeantes ?) que vous auriez voulu lui soumettre
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