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La discrimination est-elle un droit ?

vendredi 28 mai 2010 - Damien Theillier

Question politiquement incorrecte... Généralement, il n’y a pas de débat là-dessus. En France, la Halde se charge de poursuivre au tribunal toute personne soupçonnée de discrimination. Pourtant, aux USA, la question fait l’objet d’un débat.

Rand Paul, nouvelle star du Tea Party et fils du sénateur Ron Paul, s’est prononcé en faveur de la suppression d’une disposition du Civil Right Act de 1964. Cette disposition interdit la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale à l’entrée des restaurants, hôtels, théâtres cantines, et autres lieux publics. Crise de nerfs de la gauche américaine qui a demandé des poursuites et des excuses publiques.

Finalement Rand Paul sa tenté de clarifier sa position : « Laissez-moi être clair : je soutiens le Civil Rights Act parce que je suis d’accord, comme une écrasante majorité, avec l’esprit de la loi, qui était de stopper la discrimination dans la sphère publique et de mettre un terme à l’odieuse pratique de la ségrégation ». Mais dans le même temps, a-t-il ajouté, « je défends le droit de propriété, la libre entreprise et la liberté d’expression ».

Lire le compte-rendu du New York Times.

En résumé : M. Paul a affirmé dans un entretien avec Rachel Maddow sur MSNBC mercredi soir qu’il soutenait les articles de la Loi sur les droits civils concernant les lieux publics, mais qu’il était sceptique s’agissant de son application à l’entreprise privée. Interrogé par Mme Maddow sur le fait de savoir si une entreprise privée a le droit de refuser de servir les Noirs, M. Paul a répondu, "Oui." Ceci n’a rien à voir avec le racisme mais concerne le rôle de l’Etat. Un gouvernement n’a pas à interdire à un propriétaire de choisir ses clients ou à l’obliger de s’associer avec telle ou telle catégorie. Ce n’est pas son rôle.

Voir la vidéo en ligne.

Sur Fox News, jeudi dernier, on pouvait assister à un débat contradictoire sur le sujet entre deux animateurs de la chaine conservatrice : John Stossel et Megyn Kelly. En plus d’être une adorable poupée barbie, Megyn Kelly est diplômée en droit et en sciences politiques, spécialiste des questions juridiques (bio ici). Kelly joue l’avocate du gouvernement et Stossel, comme à son habitude, défend une position strictement libertarienne.

Dans ce débat, Megyn tente d’assimiler la discrimination au meurtre. Et elle argumente : doit-on empêcher la police de réprimer le crime sous prétexte de libre marché ou de propriété privée ? Stossel lui réplique que la discrimination n’a rien à voir avec le meurtre mais avec le choix individuel. Quand on choisit un ami ou un mari, on fait de la discrimination. Que ce choix soit critiquable ne justifie pas la coercition et la menace. Dans une société libre, chacun doit être libre de s’associer avec qui il veut, et un propriétaire doit être libre d’inviter qui il veut chez lui. ("The right of private business owners to decide who they serve").

Selon Stossel, "si une entreprise privée veut dire « nous ne voulons pas de femmes blondes ou de gars moustachus », cela devrait être son droit. Allons-nous dire à l’association des étudiants noirs qu’elle doit prendre des personnes de race blanche, ou à l’association gay de softball qu’elle doit prendre des hétéros ?" ("Racism is wrong. But I don’t trust government to decide what discrimination is acceptable")

Un commentaire amusant, sur un blog : "Should a black restaurant owner be forced to serve KKK members ? According to liberals, the answer is yes. Are liberals pro KKK ?" (Ici "liberals" désigne, dans la nomenclature américaine, les gauchistes)

Sur le Web La discrimination est-elle un droit ?

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Article repris avec l’aimable autorisation de l’auteur depuis son blog, nicomaque.blogspot.com. Image : Rand Paul, licence CC, auteur Gage Skidmore.

Forum

  • La discrimination est-elle un droit ?
    vendredi 28 mai 2010, par Iconomie

    Voilà une réponse courageuse et ô combien raisonnable. L’idée que l’Etat peut empêcher des comportements jugés incorrectes entraîne toujours de nouveaux problèmes que l’Etat s’empressera de "réguler" au péril des libertés individuelles.

    C’est ce que Demstez appelle l’approche "nirvana".

    Par ailleurs, il est évident ici que la loi ne règle pas le problème ! Comment empêcher une discrimination face à l’emploi ? A moins d’interdire une rencontre, un entretien face à face, il est tout simplement naïf de croire qu’on pourra d’un coup de régulation magique mettre fin à de telle pratique.

    • La discrimination est-elle un droit ?
      samedi 29 mai 2010, par Georges S.

      Bien sur la liberté de s’associer avec qui on veut ! Parce que l’entrepreneur ne doit pas se voir dicter la conduite de ses affaires par l’Etat ; ni quiconque passerait pas là. Et la liberté d’acheter en Afrique de la main d’oeuvre ? Et de la contraindre au travail, et de disposer de sa descendance... Ça vous ne vous rappelle rien non plus ?

      J’aime les Etats-Unis, leur sens de la liberté ; la liberté qui émancipe les individus et les incite à vivre paisiblement avec leurs semblables. A penser avec discernement aussi...

      Je reprends la conversation rapportée dans votre post : "dans une société libre, chacun doit être libre de s’associer avec qui il veut, et un propriétaire doit être libre d’inviter qui il veut chez lui." Et c’est le cas, aux US comme chez nous !

      Lorsque vous dirigez une entreprise, vous avez la liberté voire le devoir de choisir vos clients ; vous assurer que celui-ci payera sa facture et respectera les termes du contrat ; vous associer aussi avec celui de vos prospects dont vous sentez qu’il vous permettra de développer au mieux vos affaires. Parce que l’objectif d’une entreprise capitaliste est de prospérer et de faire des bénéfices.

      Mais dans le cas qui nous occupe ici, nous savons tous qu’il ne s’agit pas de business mais de croyance ; racisme de petits blancs nostalgiques alors que l’élite montante dans le pays est d’origine indienne ou chinoise. Ne nous y trompons pas : l’élection d’Obama n’est pas que le seul fait de son charisme et d’une personnalité exceptionnelle.

      La distinction qui est souvent faite entre privé et public, et surtout entreprise privée et organisation publique, n’a pas du tout cours. C’est souvent un faux nez pour des combats d’arrière garde : les corporatismes fonctionnaires en France ; une nostalgie esclavagiste dans le cas qui nous occupe. Pourtant aux US (un peu moins en France), vous avez même la liberté de penser que les noirs sont une race inférieure ou de n’être pas content que votre Président soit métisse. C’est votre liberté d’opinion et de croyance.

      Mais vous n’avez pas le droit d’imposer votre croyance aux autres : c’est la liberté d’opinion et de croyance des autres qui est défendu. Le processus démocratique maintient au fil des années un corpus de règles de bonnes conduites entretenant un esprit apaisé entre les citoyens ; et parmi celles-là la non discrimination sur le critère de la race.

      Et si donc vous ne souhaitez pas servir un noir dans votre restaurant (ou travailler le soir quand les autres s’amusent), faites un autre métier !

      • La discrimination est-elle un droit ?
        samedi 29 mai 2010, par fred972

        Vous oubliez qu’en pratiquant une discrimination débile, le restaurateur ou autre sera justement obligé de changer de métier pour cause de faillite résultant du manque de clients, servant ainsi d’exemple à tous.

        C’est infiniment plus efficace pour faire évoluer les mentalités qu’une loi dont 99% de la population ignore le contenu exact, et parfois même jusqu’à l’existence. La discrimination librement décidée par chacun est de loin la plus efficace prévention contre les discriminations injustifiées.

        À l’inverse, la discrimination planifiée ou soi-disant "positive" est en fait contre-productive : combien de fois, si vous lisez l’anglais et fouillez un peu internet, entendez-vous parler de tel américain blanc privé d’études ou de travail à cause des quotas, et combien d’entre eux finissent-ils par adhérer aux thèses racistes par ressentiment contre ceux qui, bien qu’étant objectivement moins compétents qu’eux, ont ainsi été favorisés ?

        • La discrimination est-elle un droit ?
          dimanche 30 mai 2010, par Georges S.

          La discrimination positive est le contraire de la non discrimination (comme son nom l’indique d’ailleurs) ; sur le critère de la race par exemple. Ceci est un sujet connexe mais hors propos de l’article cité en référence.

          Effectivement, je partage l’idée qu’une loi n’a de sens que si elle s’applique. Et la coutume, sans être écrite, est entrée dans les moeurs et est appliquée par tous. Et qu’il serait si doux si tous les hommes s’accordaient sur un ensemble de règles, qu’il ne serait même pas nécessaires d’écrire !...

          Mais ceci n’est qu’une jolie utopie. Pour mémoire, dans le pays qui nous occupe, l’abolition de l’esclavage a donné lieu à une guerre civile effroyable ; c’est dire que le consensus n’allait pas de soi !

          Et si tout le monde était d’accord que la race ne fut pas un élément de discrimination, pourquoi ne pas mettre la règle par écrit ?

          Et pourquoi cette droite américaine se pose-t-elle aujourd’hui la question de l’excès législatif sur le sujet particulier de la discrimination raciale ? Alors qu’il y a un excès de lois bien plus important dans une foultitude d’autres domaines ? Par exemple, il y a dans chaque Etat américain un age minimum pour l’achat/consommation d’alcool : est-ce vraiment nécessaire ?

          Enfin concernant la régulation par le marché, évidemment que ça ne marche pas ! Pourquoi aurait-il fallu le Civil Act en 1964 ? Le bus de Rosa Park n’avait pas du tout fait faillite comme vous l’indiquez. Elle payait d’ailleurs son ticket comme tous les autres passagers mais elle devait céder sa place assise aux blancs et se tenir debout.

          Laissons au marché son domaine, celui de permettre l’échange entre les gens. Les marchés ne sont ni moraux comme vous semblez le dire, ni immoraux comme se plaisent à le dire nos gouvernants pour mieux nous "protéger" d’eux. Ils sont d’un autre ordre comme l’explique si bien André Compte-Sponville dans "Le capitalisme est-il moral ?".

          Enfin, oui je suis favorable à la discrimination quand il s’agit de penser avec discernement et éviter les amalgames. Et éviter de m’associer avec des gens qui usurpe la "Liberté".


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