Argumentaires > Idées reçues > La pauvreté aux États-Unis
43% des pauvres américains possèdent leur propre maisonLa pauvreté aux États-Unis
lundi 31 mai 2010 - Lucilio
Vivre dans une maison plus spacieuse que celle d’un Parisien ou d’un Berlinois, avoir une voiture, un téléviseur et un DVD n’est pas ce qui vient à l’esprit pour définir un pauvre, malgré le fait que la majorité des « pauvres » des États-Unis correspondent à cette description.

Selon l’imagerie du progressiste de base – celui qui se croit informé parce qu’il lit les journaux et regarde la télévision, qui pense qu’il possède une attitude critique, qui ne se laisse pas abuser par « ce que l’on veut nous imposer » et qui, en définitive, pense comme l’écrasante majorité –, le pauvre aux États-Unis serait un misérable hère végétant, sans appui aucun, dans une misérable situation.
Mais, dans les faits, qu’est-ce donc être pauvre aux États-Unis ? En se fondant sur diverses statistiques publiques, Robert Rector nous rappellait en 2007, dans un article publié par The Heritage Foundation, que parmi ceux que l’on désigne officiellement « pauvres » dans ce pays (personnes ayant un revenu inférieur de moitié au revenu médian), 43% possèdaient leur propre maison, 80% l’air conditionné, près des trois quarts au moins une voiture, et 31% deux ou plus, 97% un téléviseur couleur et plus de la moitié deux ou plus, 78% un lecteur vidéo ou DVD, 89% un four à micro-ondes, plus de 50% un équipement stéréo, plus d’un tiers un lave-vaisselle et 62% étaient connectés au câble de télédistribution ou avaient une antenne parabolique. Le « pauvre » des États-Unis moyen dispose également de plus d’espace – 134 m² – pour vivre qu’une famille normale de Paris, Londres, Vienne, Athènes ou d’autres villes européennes (120 m² en moyenne en Europe) : seuls 4% des foyers pauvres américains sont surpeuplés et plus des deux tiers offrent plus de deux pièces par personne.
Il est évident que cette image ne concorde pas avec celle que nous avons en tête lorsque nous utilisons le mot pauvre. Une enquête réalisée auprès le la population des États-Unis révélait, en 2002, qu’interrogés sur ce qu’ils considéraient « pauvre », les réponses des gens se référaient à vivre sans toit, à avoir faim et à l’absence de satisfaction des nécessités basiques de la vie. Il semble que vivre dans une maison plus spacieuse que celle d’un Parisien ou d’un Berlinois, avoir une voiture, un téléviseur et un DVD n’est pas ce qu’il leur vient à l’esprit, malgré le fait que la majorité des « pauvres » de ce pays correspondent à cette description.
Si nous descendons dans l’échelle et nous fixons sur ceux qui possèdent moins, seuls 4,3% des maisons des pauvres officiels sont insuffisamment grandes (plus d’une personne par pièce). Les auteurs de l’article notent qu’il y a très peu ou aucune trace de malnutrition aux États-Unis induite par la pauvreté : 89% estiment avoir assez à manger, contre 2% qui déclarent avoir souvent faim. La faim est définie comme le malaise ou la sensation douloureuse causée par la manque d’aliment. Or, aux États-Unis, le problème sanitaire relié à la nourriture parmi les pauvres n’est pas le manque d’aliments, mais bien la surconsommation d’aliments.
Ceci ne veut pas dire qu’il n’existe aucune misère aux États-Unis ni que nombre de personnes ne connaissent pas de sérieux problèmes d’ordre divers depuis le fait de vivre trop nombreux dans un espace restreint jusqu’à connaître de manière intermittente des difficultés pour s’alimenter ou se soigner. Mais c’est bien un conte à dormir debout que celui qui veut nous faire accroire qu’une masse innombrable de pauvres errent dans les rues de ce pays. Un autre conte est que cette situation supposée insoutenable proviendrait de l’absence d’« État providence ». En premier lieu, il existe bien aux États-Unis un « État providence », et même antérieur à la majorité des pays européens. En second lieu, tandis que le travail et le mariage sont des escales stables contre la pauvreté, le système de sécurité sociale est perversement hostile aux deux. Les principaux programmes, comme les bons de nourriture, le logement public et Medicaid (système de santé publique pour les pauvres), rémunèrent l’inactivité et pénalisent le mariage. Si les programmes sociaux étaient plutôt employé à favoriser le travail et le mariage, la permanence dans la pauvreté chuterait rapidement.
Contrepoints a changé ! Venez découvrir notre nouveau site !
Forum
-
Bonjour Lucillo,
Je fais une recherche avec "sans abris" pour les Etats-Unis et la France.
Je tombe sur un article de ATTAC disant que d’après l’Urban Institute, les USA ont compté 3,5 millions de sans abris en 2004. Soit un peu plus de 1 Américain sur 100. [http://www.hns-info.net/article.php3 ?id_article=5437]
Je tombe ensuite sur un article Wikipedia qui dit qu’en France, l’INSEE a compté en janvier 2004, 86 000 SDF. En ajoutant les sans domiciles transitoires, il faut compter 100 000 SDF. Soit un total en 0,1 et 0,2% de la population. ICI
Il faudrait continuer les recherches pour recouper ces premières infos. Peut être les actualiser à 2009 par exemple, mais sachant que les crises écos ont des effets immédiats aux USA et différés en France, écrêter les résultats ? Comment ?
Mais comment discuter avec votre texte ?
"le pauvre aux États-Unis serait un misérable hère végétant, sans appui aucun, dans une misérable situation.". Ben oui, il y en a aux USA, je viens de vous les chiffrer. Il y en a aussi en France.
Un pauvre est un pauvre, que voulez-vous qu’on vous dise ? Moi je le déplore, où qu’il soit. Si un pauvre américain, c’est mieux qu’un pauvre français, ben allez-y, vous y serez mieux non ? C’est quoi votre problème ?
-
Un rappel des plus intéressants. Je recommande en complément l’indispensable article de Vincent Bénard sur le sujet, malheureusement un peu daté mais terriblement instructif (l’étude comparative dont il n’est qu’un volet constitue d’ailleurs un must read absolu).
-
@ Samahell
Je relativiserai moi même l’intérêt de l’article que j’ai publié il y a quelques années.
Quelle est la part de cette relative prospérité des pauvres en temps d’avant crise qui a été acquise par de l’endettement insoutenable ? Les chiffres de Rector doivent être impérativement réactualisés par une étude post-crisis.
-
-
Bravo ! Oui on revient toujous à cette fameuse histoire de la définition de la pauvreté. Définir la pauvreté à partir d’un revenu basé sur le revenu média est totalement imbécile. Il suffit que trois milliardaires arrivent dans le pays pour le revenu médian augmente, et donc pour que le nombre de personnes dont les revenus sont sous la barre des x% du revenu médian augmente. Plus de richesses totale, conduit à plus de pauvres. Idiot. Et pernicieux parce que cela véhicule comme le montre très bien cet article, des idées fausses sur la pauvreté et la richesse et sur la répartition des richesses.
Comment expliquer aux gens que les richesses créés à un endroit ne sont pas volées à un autre, si dans le même temps on utilise des statistiques débiles qui montrent que plus il y a de riches, plus il y a de pauvres ?
-
le revenu médian est justement là pour éviter cet ecueil dù au revenu moyen. on compte le nombre de personnes de chaque coté de ce revenu médian et non pas les sommes qu’ils gagnent, donc 3 riches de plus font bouger le curseur de 1,5 individus vers l’augmentation de ce revenu médian, c’est à dire peanuts
-
-
avec 40 millions de personnes qui beneficient de "food stamps" ?? y a un vieux probleme dans la demonstration que tente de faire cet article de plus si on appelle mobile-home (ou caravane) un toit, alors on se rapporche peut etre de la realite, au fait faudrait aussi remttre a jour les statistiques avec toutes les "forclosures" de cest deux dernieres annees pas sur que les pourcentages soient toujours les memes ALLEZ ALLEZ, encore 3 and et on sera tous dans la me..e avec la 3ème en plus
-
Ma foi, si le choix se trouve entre un mobil home et être SDF, c’est assez vite vu. En france le mobil home est réservé aux vacances et aux camps de camping. Le choix se trouve être entre un toit dans un immeuble en dur ou la rue. C’est la politique du ricard sinon rien.
-
C’est surtout la loi qui interdit l’utilisation d’un mobilhome comme habitation, puisque dès lors qu’il constitue une résidence permanente, les mêmes contraintes réglementaires et fiscales s’appliquent qu’à un logement en dur, notamment le fait que le terrain doit être constructible. Bref ! si le mobilhome ou la caravane pouvait légalement et sans contrainte constitué un logement à part entière, c’est à une explosion de l’habitat mobile auquel nous assisterions, un peu à l’image justement de ce qui se passe aux USA. Le rapport des français au logement est perverti à l’extrême, car il impose de rechercher la sédentarisation et l’immobilisme.
-
Et puis le logement itinérant a l’immense avantage d’être itinérant, ce qui permet, par exemple, la mobilité pour changer de travail en limitant l’investissement, et accessoirement de changer de paysage.
Sans compter que les caravanes et camping-cars ou mobil-homes modernes, à fortiori américains ou canadiens, n’ont plus rien à voir avec les taudis à roulettes aussi dangereux sur route que comme habitation d’une époque révolue !
Entre toit et pièces dépliables, architecture intérieure sous contraite, imposant une ergonomie maximale, etc, il sont souvent plus confortables que certains logements en dur.
Manque de bol, les sédentaires (un peu) et (surtout) les États n’ont jamais spécialement apprécié les nomades, par définition libres, entre autres de changer de lieu si taxes, impôts et lois deviennent délirants, même si je dois reconnaître que certains (rares) nomades sont parfois douteux.
Reste que le fait de rejeter la faute de quelques uns sur tous porte le même nom pour tous les groupes et dans tous les dictionnaires : c’est du racisme !
Notons que tout ce qui précède s’applique tout autant aux équivalents maritimes et fluviaux des habitations terrestres citées : voilier de voyage, trawler, péniche aménagée ou vedette de croisière fluviale.
D’ailleurs, les tour-du-mondistes arrivant aux Antilles Françaises sont tenus, s’ils restent trop longtemps, de payer l’Octroi de Mer (droit de douane interne !) sur la valeur d’un navire qu’ils ont généralement construit de leurs propres mains afin d’économiser, et pour cause : ils sont presque tous issus de la "classe populaire" pour reprendre la terminologie de la pensée unique en vigueur.
DÉBILE !!!
-
-
-
top

