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Le scandale du Musée des Confluences de Lyon
jeudi 3 juin 2010 - Chitah
Les élus lyonnais s’occupent depuis 1999 d’un projet de musée baptisé Musée des Confluences (censé remplacer le musée Guimet d’Histoire Naturelle de Lyon) : celui-ci, même après plus de 85 millions d’euros dépensés, n’existe toujours pas.

L’association CANOL (Contribuables Actifs du Lyonnais) a constitué un dossier [1] sur le projet du Musée du Confluences de Lyon, détaillant les évènements liés à celui-ci (renommé pour l’occasion par ces enquêteurs citoyens « la Folie Confluences ») ; il couvre la période 1999-2010, et risque très probablement de devoir être remis à jour plusieurs fois d’ici 2014 ou 2015. Ce dossier mérite à lui seul une lecture approfondie, tant il démontre de manière ahurissante l’incroyable niveau d’incompétence des élus français. Nous allons en résumer ici les principaux points.
Explosion du coût du chantier
Pour mémoire, la décision de lancer le chantier de ce musée date de 1999. Il s’agissait de transférer le Muséum d’Histoire Naturelle de Lyon, le Musée Guimet, dans un nouveau lieu, le Musée Confluences.
On passera sur les différentes péripéties administrativo-politiques liées à ce projet, et nous nous contenterons en première approche de ne détailler que les coûts de ce projet ; voici les principales dates [2] de la folie budgétaire de Confluences :
17 juillet 2000 : 400 000 000 F (61 M€), soit 72 931 000 € TTC,
hors aménagements extérieurs, abords et parkings
30 juin 2006 : 152 934 956 €, soit 182 910 200 € TTC. Cette
somme correspond seulement au coût du bâtiment, alors que le budget
2006, voté le 31 mars 2006, donc préalablement à cette délibération,
indiquait déjà un total de 193,7 M€ !
10 décembre 2007 : 161 774 631 €, soit 193.482.459 € TTC,
alors que le budget supplémentaire 2007, voté le 20 juillet 2007, prévoyait déjà un montant total de dépenses de 197,7 M€.
Au 31 décembre 2008, selon les comptes approuvés le 12 juin 2009, le
budget du Musée s’élevait à 213.693.251 TTC, soit 178.673.000 € HT.
Comme le souligne la CANOL, les 178 M€ d’euros HT correspondent au budget additionnel du projet [3], tel que annoncés par le président du CG du Rhône Michel Mercier [4], le 04 septembre 2008. Or, d’après l’association, 85 M€HT ont été déjà dépensés. Ainsi, le budget prévisionnel total est passé de 60M€HT au début des années 2000, à 85 +178 = 263M€HT. Oui, vous avez bien lu, le budget prévisionnel HT pour l’achèvement du chantier du Musée Confluences de Lyon a pratiquement quintuplé en 10 ans, et sera, selon les estimations actuelles, livré en 2014 plutôt qu’en 2004 comme prévu initialement.
Ces coûts ont explosé sur une période relativement courte [5], ce qui tout de même oblige le contribuable à se poser quelques questions sur la capacité de planification et de prévision des élus et des fonctionnaires territoriaux de ce pays. C’est en soi un premier scandale.
Mais il y a bien plus grave encore : en réalité, malgré les sommes pharaoniques déjà engoulties, et celles à venir, ce musée n’existe toujours pas dans la réalité.
85 millions d’euros pour un musée qui n’existe pas
Vous avez bien lu : après 85 millions d’euros HT dépensés, pas la moindre pierre de ce bâtiment n’a été posée [6]. Une première visite au site web du Musée (qui lui, fort heureusement, existe tout de même) et notamment à sa section "Photos du chantier", montre que celui-ci n’est guère avancé, malgré le soin louable apporté par le photographe pour essayer de montrer le contraire. Une seconde visite, celle-ci à l’application Google Maps, montre une photo satellite du chantier (datant probablement de quelques mois, voir ci-dessous) et révèle ainsi sa vraie nature : un terrain vague sans aucune activité perceptible.
Agrandir le plan
Les raisons de ce retard ahurissant ou, devrions-nous écire, de ce non-démarrage du chantier tout court, résident dans les multiples bisbilles entre promoteurs, maître d’oeuvre, d’ouvrage, donneur d’ordre, etc., dont nous avons le secret en France. Presque tout le monde s’en est mélé : entreprise du bâtiment, conseil de l’ordre des architectes, etc.
Bref, quoiqu’il en soit, et quelle qu’en soit la raison, le fait majeur demeure : le Musée des Confluences, malgré les sommes englouties, n’existe toujours pas. Et cela constitue un deuxième scandale.
Et le Musée Guimet dans tout cela ?
Heureusement, se dit le lecteur, le chantier n’est peut-être pas très avancé, mais au moins les charmants petits gones [7] de la région peuvent profiter des collections du Museum d’Histoire Naturelle Guimet puisque ses collections n’ont pas été, encore, transférées dans les locaux du futur Musée Confluences (vu qu’il n’existe toujours pas). Malheureusement ce n’est pas le cas : le Museum Guimet a fermé ses portes en juillet 2007, et ses collections sont conservées depuis au Centre de Conservation et d’Etude des Collections (CCEC) [8] dans le 7ème arrondissement de Lyon, lieu bien évidemment fermé au public. Ces collections ne seront donc pas visibles du public avant 2014 [9], et ne l’auront pas été pendant pratiquement 10 ans [10].
Le Conseil Général innove en inventant les opérations où l’on perd le beurre, l’argent du beurre, et où la crémière ne sourit même plus, comme le contribuable d’ailleurs. On ferme un musée qui marche avec ses belles collections, on les soustrait aux yeux du public, et on se lance dans la construction d’un second musée qui ne voit toujours pas le jour, en dépensant une véritable fortune en vain, et enfin dont l’aspect extérieur, s’il était futuriste et avant-gardiste en 1999, risque d’être absolument ridicule pour un bâtiment neuf 15 ou 20 ans plus tard.
On a là un troisième, un quatrième, un cinquième scandale, tous dans le même dossier.
Pour finir, un article du Canard Enchaîné [11] s’est fait l’écho de toute cette affaire et relate deux éléments supplémentaires, ajoutant encore pour l’un au ridicule de la situation, pour l’autre à son cynisme :
le directeur du Musée Confluences, le canadien Michel Côté, a jeté l’éponge le 11 mai dernier [12] et est retourné au Québec, ce qui n’augure rien de bon pour la suite ; en effet, pourquoi un directeur, nommé entre 1999 et 2010, après autant de péripéties et si près du but, démissionnerait juste avant la présentation du plan d’avancement du chantier par le CG du Rhône [13], si ce n’est parce qu’il n’y croit plus du tout ?
un ancien responsable du CG du Rhône, cité par le Canard, affirme à propos du Musée Confluences que « S’il est construit, c’est un scandale. Si il ne l’est pas, c’est déjà un scandale. ». On ne pourrait mieux résumer l’état d’esprit des élus lyonnais, empêtrés dans une fuite en avant depuis une décennie, dépensant sans compter pour une gabegie absolument scandaleuse et, comme toujours, très peu médiatisée.
Si l’on résume : plus de 10 ans de retard, un budget multiplié par 5, 85 millions d’euros déjà envolé alors qu’on n’a toujours rien vu sortir de terre, un projet qui n’a plus de capitaine à son bord et qui est dans une pagaille inimaginable, des collections scientifiques soustraites aux yeux du public.... Toute la question est désormais de savoir si ce dossier va recéler d’autres surprises d’ici quelques mois, et on peut gager que oui.
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[1] Voir version du dossier mise à jour au 04 mai 2010.
[2] Voir le dossier de l’association Canol, p37.
[3] Il ne s’agit pas de l’enveloppe budgétaire à date, mais un mélange entre le total du budget et les annonces de rallonge annuelles, ce qui compliqua le travail de la CANOL
[4] Egalement Ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire depuis le 23 juin 2009
[5] Voir également le dossier de Contribuables Associés sur le sujet..
[6] Seules quelques fondations ont été creusées.
[7] Que l’auteur de ces lignes était lui-même il y a quelques années.
[8] Voir la FAQ du site web du Musée Confluences.
[9] En considérant l’hypothèse hasardeuse selon laquelle il n’y aura pas de retards supplémentaires d’ici là.
[10] Elles auront été montrées quelques fois dans d’autres musées, notamment à Toulouse.
[11] N°4675, mercredi 02 juin 2010, p4
[12] Voir Libération du 10 mai 2010.
[13] Le 18 mai 2010.
Forum
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Le canard se déchaîne
Comme souvent dans ce type d’article, l’auteur s’appuie à la fois sur des chiffres qui, certes, sont la plupart du temps justes, tout en manquant de la rigueur requise dans les propos qui les accompagnent, voire fait parfois des amalgames regrettables pour ne pas dire douteux. Par exemple en disant qu’on rajoute 178 m d’€ à la facture. Si le chiffre est exact, l’information est fausse. 178 m d’€ est en fait le chiffre actuel de la facture du projet pour le Département du Rhône mais comprend plusieurs m d’€ déjà dépensés et surtout des budget connexes (aménagements des abords, parking, parc, etc.) qui n’ont rien à voir directement avec le bâtiment. Or le coût de départ annoncé n’a toujours concerné que le bâtiment pour la bonne est simple raison, qu’à l’époque le Département négociait avec les autres collectivités les aménagements connexes. Parfois certains journalistes rajoutent même dans le giron du Département le coût de la ligne de tramway qui passera devant le musée alors que c’est une dépense du Grand Lyon et non du Département.
Ensuite, l’information est lacunaire, ce qui permet toutes les interprétations et surtout d’induire le lecteur en erreur. Prenons par exemple, le prix de l’acier qui a flambé et qui au final rallonge la facture. Je rappellerais que cette flambée des prix ne touche pas seulement ce projet et le Département du Rhône… Tous les chantiers du Monde ont été obligés de faire avec.
Puis quand on compare le coût de ce genre de construction, pour des projets de musées similaires, et bien on se rend compte que le prix n’a rien d’exorbitant. 150 m d’€ par exemple pour le Louvre Lens dont la construction commence tout juste et ne concerne aujourd’hui et sur le papier que le coût de construction du contenant. C’est-à-dire qu’il faudra y rajouter le coût du contenu tous les coûts annexes des architectes des expositions, des aménagements techniques, etc. Au final, le Louvre Lens devrait coûter autant que le Musée des Confluences, si ne n’est pas plus. Le Département du Rhône, à la différence, lui, ne cache pas une partie des budgets.
Prétendre que l’on a dépensé 61 m d’€ pour un terrain vague est plus que tendancieux. C’est d’une part mentir, et cela, même si on se s’intéresserait qu’à la construction. Car ce chiffre comprend la réhabilitation du site, aménagements, dépollution, émoluments de la S.E.M., bureaux d’études, architectes, etc., etc. etc. Ce prix comprend surtout la construction, qui elle n’est pas virtuelle, de ce que le journaliste ne peut pas voir sur le terrain : les fondations : 318 pieux de 12 m à 32 m de profondeur… Enfin, si on s’intéresse à l’ensemble du projet, car un musée ce n’est pas qu’un unique bâtiment, c’est aussi un projet culturel et en l’occurrence + de 6000 m² d’expositions, les 61 m d’€ comprennent aussi, par exemple, la prestation sur plusieurs années d’équipes d’architectes (pas ceux du bâtiment, d’autres) qui travaillent sur les expositions, des Assistants à la Maîtrise d’œuvre, etc.
De plus, en donnant un chiffre HT (chiffre de 85 m d’€) l’auteur insinue insidieusement que la facture TTC serait plus élevée. Cela est de la pure manipulation car les collectivités publiques récupèrent la TVA et ça tout le monde le sait…
Enfin, l’article ne dit pas que l’investissement dans ce bâtiment n’est pas payé par l’impôt mais en totalité par la vente d’actifs (pour 137,12 m d’€ ) dont des actions de la C.N.R. que le Département détenait et a vendu pour se mettre en conformité avec la réglementation européenne, et par la vente d’une partie de son Patrimoine immobilier dont elle ne se sert pas (terrains à Corbas, Ternay ou La Part-Dieu, des villas à Saint-Cyr, une grande propriété à Ecully , plusieurs dizaines d’hectares à Saint-Hilaire du Touvet… : le complément est évalué à 38 M €, soit au total 175,12 m d’€).
Le Département vend donc de l’immobilier qui ne lui sert à rien ou de l’actif qu’il n’a plus le droit de détenir pour investir dans de l’immobilier qui permet de préserver et présenter aux publics des collections patrimoniales. Les présenter et les préserver et pas seulement pour les habitants du Rhône…
Enfin, pour ceux qui prétendent qu’il aurait mieux value investir dans l’ancien bâtiment : une pour toute : IL N’APPARTIENT PAS AU DEPARTEMENT mais à la ville de Lyon, c’est donc impossible.
De plus, si le Département avait décidé de stopper le projet, pourquoi personne n’explique qu’alors il lui aurait fallu dénoncer tous les contrats passés et dédommager tous le monde. Ce qui, au final, aurait coûté presque autant et pour rien ! Cela n’a aucun sens.
Je trouve quelque part triste qu’on ne parle que du bâtiment et jamais du contenu, projet culturel et collections (plus de 300.000 objets).
Pour ceux qui avancent le coût soit disant exorbitant. Est-il si scandaleux qu’une collectivité investisse des fonds publics dans un musée dont le rôle est de montrer des collections patrimoniales, de diffuser des connaissances, et de conserver des objets rares pour les générations futures ? Est-ce si scandaleux pour une collectivité dont la part du budget alloué à la culture ne représente même pas 4 % du budget général (et dans la culture il n’y a pas que le Musée des Confluences, il y en a 2 autres, il y a les nuits de Fourvière, la bibliothèque départementale, une partie du financement de la biennale de la danse, etc.) ? En d’autres termes, pour une collectivité comme le Département du Rhône ce n’est pas aussi important que le chiffre, seul, isolé de tout contexte, ne laisse paraître. Et ça, c’est peut-être difficile à comprendre sans avoir un certain recul. Mais au-delà de ce constat, je mettrais en parallèle, une troisième et dernière question : ces mêmes personnes ne trouvent pas plus scandaleux le financement public d’un grand stade de foot à Décines à hauteur de 300 m d’€ pour un club de foot privé, que d’investir dans la pérennité de notre patrimoine culturel, patrimoine qui, au passage, appartient à toute l’humanité et pas seulement aux rhodaniens. Et tout cela, pour que des spectateurs aillent voir des joueurs, qui gagnent en un mois ce qu’eux ne gagneront pas en une vie, taper dans un ballon !
Pour ma part, je préfère que mes impôts financent un musée qu’une entreprise privée du foot.
Enfin, nous sommes en démocratie. Et si nous ne sommes pas content des choix de nos élus, alors exprimons-nous dans les urnes. Car le Département n’a pris aucun électeur en traître, le projet était annoncé et faisait parti du programme électoral de son président.
Pour finir, je m’étonne du discours qui consiste à la fois à prôner la suppression de l’impôt, et à trouver, dans le même temps scandaleux de dépenser de l’argent pour un musée. N’est-il pas démagogique de feindre de ne pas comprendre que l’un ne va pas sans l’autre. On est bien évidemment libre de penser qu’une collectivité n’a pas à dépenser nos impôts dans un musée. Mais devrions-nous rêver alors que le Musée des Confluences aurait put être financé par Monsieur Aulas ? J’en doute.
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Merci d’avoir pris le temps de répondre de façon si détaillée.
Vouloir que les impôts baissent fortement et vouloir aussi que la dépense publique baisse et tout sauf "étonnant". Les deux doivent baisser pour que ça ait du sens. C’est donc votre dernier paragraphe qui est étonnant.
Bien d’accord avec vous que ça ne doit pas aller plus au foot qu’aux musées. Et pas plus aux musées qu’au foot. Pourquoi ceux qui aiment les musées et pas le foot devraient payer pour le foot ? Hein ? Pour le contraire : pareil.
Vous voulez un beau club de foot, trouvez un Abramovitch. Vous voulez un beau musée, trouvez un Guggenheim.
Enfin on peut écrire la réponse la plus longue possible, il n’en reste pas moins que pendre tant d’argent aux gens la contrainte et le dépenser en pure perte (sans parler des raisons obscures qu’on ne peut que deviner) est un scandale.
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Je pense ne pas avoir été assez clair. Ce que je dis c’est que : moins il y aura d’impôts, moins il y aura d’hôpitaux, d’écoles, de routes, de musées, etc. Nous devrions donc être fier de participer à la préservation de notre patrimoine et de le préserver pour nos enfants : c’est ça le but d’un musée ! Et je n’ai pas dis :"l’impôt ne doit pas aller plus au foot qu’au musée et pas plus au musée qu’au foot". Je dis : "l’impôt doit aller au musée et pas au foot" c’est à dire "financer une mission du service public et non pas financer une entreprise privée pour l’aider à faire du profit". Ce n’est donc pas un histoire de goût mais de logique républicaine et une certaine conception des finances publiques. Et ce n’est pas non plus au secteur privé de porter seul un projet de musée public. Il peut y participer avec l’avantage de déduire de l’impôt sur les sociétés de 60 % des sommes versées.
Et dire que l’investissement dans ce musée est en pure perte ! c’est que vous ne m’avez pas lu. Ou alors c’est que pour vous la préservation de notre patrimoine n’a pas d’intérêt et alors là permettez-moi, sans jugement et sa aucun mépris de ma part je peux vous l’assurer, d’être triste pour vous et vos enfants si vous en avez.
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Votre "donc" est faux. Tout ce que vous décrivez comme nécessitant l’intervention publique existait déjà avant que l’Etat ne s’en saisisse par la force. Et ne se saisisse de l’Ed Nat et des médias pour laver le cerveau des enfants en leur apprenant que l’Etat est indispensable dans ces choses.
Il ne l’est pas. Toute l’histoire le prouve.
La préservation du patrimoine peut très bien se faire par mécénat et par souscription.
Quant à "service public", je vous met au défi de donner une définition de cette expression. La seule définition qui se tienne c’est : ce sur quoi l’Etat a mis la main par la force. Essayez, vous verrez.
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Je parle République et vous me répondez « État », je vous parle de Service Public pour le bien de la communauté et vous me répondez « intervention et saisie par la force par l’État ». Si vous êtes contre l’État, sachez que le musée des Confluences ne peut servir d’alibi à votre discours (que j’ai d’ailleurs du mal à cerner : peut-être n’est-ce qu’une vision anarchique du néolibéralisme ?), puisque l’État ne met pas un centime dans ce projet. C’est le Département du Rhône, Maître d’Ouvrage, qui le finance en presque totalité, la Région Rhône-Alpes ne finançant qu’à hauteur de 10 m d’€. Ceci devrait donc vous satisfaire. Enfin, à moins de changer notre Constitution, les lois, le Droit administratif et celui des Finances Publiques (ça fait quand même beaucoup), nous sommes encore en République et c’est encore bien au secteur public de gérer les collections publiques des musées publics. Et fort heureusement, car si nous devions compter uniquement sur le secteur privé pour gérer le bien public, il me semble que des principes (et je vous parle de principes et non d’exceptions ou de nuances dans les principes) comme l’école gratuite pour tous, le remboursement des soins de santé, l’entretien des routes, les transports publics, etc., seraient remis en cause et aurait pour effet de n’être plus accessibles qu’aux plus riches. Dans un monde ou chacun déciderait de financer de sa propre initiative uniquement ce qu’il souhaiterait, je pense que les musées et notre patrimoine historique en général seraient voués à disparaître. Par contre, le foot lui aurait toutes ces chances de survie et de prospérité… De plus, ce système (qui resterait à inventer et donc avant tout à « penser ») ne serait plus de tendance républicaine. A quoi serviraient donc alors les élus ? Car le travail d’un élu est bien de faire des choix pour la communauté et décider comment et où dépenser l’argent public. Quelle politique voulez vous mener en ne comptant que sur le bon vouloir personnel des contribuables ? Votre discours me peine. Il me peine parce qu’il participe à cette individualisation tous azimuts de notre société. Nos valeurs républicaines de communauté, de solidarité, de citoyenneté, de service public (servir les citoyens), de responsabilité envers les autres, foutent le camp au profit de l’individu. Mais la somme des individus n’a jamais constituée une communauté. On fonde une communauté non pas avec des individualités ou des volontés individuelles mais sur la base de valeurs communes. Participer tous à la préservation de notre patrimoine commun, de notre histoire commune, de notre humanité commune, par, par exemple, la construction d’un musée, répondent à ces valeurs communes et partagées. Choisir chacun où va notre impôt, par contre, n’y répond pas.
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« ...l’État ne met pas un centime dans ce projet. C’est le Département du Rhône, Maître d’Ouvrage, qui le finance en presque totalité... »
Ah !? Parce que le département, c’est pas l’État, n’est-ce pas. Tout le monde sait qu’il s’agit d’une entreprise là privé que le département dont le CEO s’appelle, de manière folklorique, préfet.
« ...c’est encore bien au secteur public de gérer les collections publiques des musées publics. »
Non. Pourquoi ? Historiquement, la plupart des musées sont des collections privées. Et nombre des plus grands et plus beau musées du monde sont actuellement privés.
Non, ce n’est pas la tâche de l’État que d’entretenir des musées. L’État n’a pas à acheter des oeuvres d’art. Ni entretenir les artistes.
« Car le travail d’un élu est bien de faire des choix pour la communauté et décider comment et où dépenser l’argent public. Quelle politique voulez vous mener en ne comptant que sur le bon vouloir personnel des contribuables ? »
Non, le travail d’un élu n’est pas de se prendre pour Dieu le Père, mais justement de veiller à satisfaire les gens qui le paient, c’est-à-dire les contribuables.
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Votre discours est pujadiste, le mien républicain, point de discussion possible.
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Ah voilà, au lieu de parler philo, de discuter du domaine légitime de l’action de l’Etat, on lance le mot magique qui tue, poujadisme, on se place ainsi sur un piédestal sacré, et on met à mort le dialogue. Eh bien, si Lucilio est "poujadiste" au sujet des musées, ne l’êtes vous pas, vous, au sujet du foot, de fait ? Puisque vous avez la même position sur le foot que lui sur les musées ? Au plaisir de rediscuter avec vous, cher poujadiste du foot.
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Les choses que vous décrivez comme gratuites, telles la sécu et l’éducation nationale, sont tout sauf : elles nous coûtent même beaucoup trop, par rapport à si l’Etat ne s’en était pas abusivement arrogé le monopole. Pire encore : elles nous coûtent de plus en plus cher, jusqu’à la situation actuelle de risque réel de faillite du pays. Et pire encore : plus les coûts montent plus la qualité baisse.
Quant à : "ce n’est pas l’Etat, c’est le Département" ; vous rendez-vous compte de ce que vous écrivez ?
Et quant à : si on ne peut pas vous prendre vos sous de force pour "la culture" vous devez être des anarchistes, jamais entendu parler de fonctions régaliennes ?
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Révisez vos cours de droit public et réapprenez la différence entre l’état et les collectivités locales, réapprenez ce qu’est la décentralisation et la déconcentration et ensuite nous pourrons discuter. Sinon, je persiste et je signe : il est normal que les impôts servent à financer des missions publiques (préservez des collections publiques) et non financer une entreprise privée (le club de foot de l’O.L.). Et ça ce n’est pas pujadiste, c’est juste du droit public et de la logique républicaine. Bien à vous.
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OK. Les échelons ne font pas partie de l’échelle. Les marches ne font pas partie de l’escalier.
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Et le fou se raccroche à son pinceau quand on lui retire l’échelle de sous les pieds. Attention à la chute...
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On peut tout de même parler de quelque chose de positif dans ce dossier déprimant. L’équipe du virtuel Musée des Confluences se démène pour faire exister une programmation exceptionnelle hors les murs depuis plusieurs années. Actuellement elle présente dans de multiples lieux une manifestation qui s’appelle Passages, autour de l’Afrique. Donc des gens travaillent dans l’ombre. Peut-être peux-t-on reconnaître la valeur de ce travail.
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