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Liberté et déterminisme
vendredi 21 mai 2010 - Nicolas Rannou

On a coutume d’opposer liberté et déterminisme.
L’idée est simple : si tout est joué d’avance, si les choses obéissent sans fantaisie à des lois éternelles, alors la liberté n’existe pas.
Certes l’univers est régulier. Ce seul fait atteste de l’existence de lois universelles qui le gouvernent. L’instant nouveau après le précédent, je suis toujours là et non pas à l’autre bout du pays - ce qui est on ne peut plus souhaitable et conforme à la liberté. De même toutes les choses sont telles qu’elles doivent être, à peine transformées conformément à l’ordre des choses : ainsi la pomme lâchée poursuit sa course, le train poursuit son avancée, la pomme devient plus mûre, ce que le soleil éclairé devient plus chaud.
Les choses sont donc entièrement déterminées, la matière est contrainte.
Cela est non seulement conforme avec la nécessité mais l’est encore avec la liberté.
Car c’est parce que les choses sont déterminées, obéissent nécessairement aux lois, que l’esprit peut agir sur elles.
Ainsi je puis arrêter la pomme dans sa chute. La pomme ne passera pas à travers la main. Pas davantage elle ne déviera sa course.
Les choses étant déterminées, le fait qu’elles obéissent à des lois, rend en effet les évènements prévisibles et permet d’agir sur eux.
Si l’univers n’était pas gouverné par des lois alors l’action humaine serait condamnée. Aucune liberté n’existerait.
Quelle liberté si lorsque j’articule un son aucun ne sort de ma bouche ? Si lorsque je regarde à droite, je vois à gauche ?
Loin de s’opposer à la liberté, le déterminisme des choses en est la condition nécessaire.
« Puisque l’homme libre est celui à qui tout arrive comme il le désire, me dit un fou, je veux aussi que tout m’arrive comme il me plaît. - Eh ! Mon ami, la folie et la liberté ne se trouvent jamais ensemble. La liberté est une chose non seulement très belle, mais très raisonnable, et il n’y a rien de plus absurde ni de plus déraisonnable que de former des désirs téméraires et de vouloir que les choses arrivent comme nous les avons pensées. Quand j’ai le nom de Dion à écrire, il faut que je l’écrive, non pas comme je veux, mais tel qu’il est, sans y changer une seule lettre. Il en est de même dans tous les arts et dans toutes les sciences. Et tu veux que sur la plus grande et la plus importante de toutes les choses, je veux dire la liberté, on voie régner le caprice et la fantaisie. Non, mon ami : la liberté consiste à vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent. »
Épictète, Entretiens, 1,35.
Évidemment le déterminisme s’applique à l’homme aussi mais la liberté n’a jamais été l’omnipotence que pour ceux qui cherchaient à la nier.
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Et l’"esprit humain" étant un assemblage de composants physiques, obéissant à des lois déterministes, le libre-arbitre se révèle être une douce illusion !
Tout est donc déterministe si l’on fait l’hypothèse de lois de la nature déterministes. Ce qui n’est pas forcé, la mécanique quantique par exemple fait intervenir le hasard, d’une façon qui prête encore à controverse parmi les scientifiques. Cependant les tentatives d’introduire dans le formalisme des éléments visant à justifier un "libre-arbitre humain" ne sont pas considérées comme sérieuses. Les scientifiques se méfient de ce qu’ils considèrent comme du mysticisme.
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La science de la matière n’explique pas tout, loin de là.
Il faut par exemple lire "La fin des certitudes" d’Ilya Prigogine. Le prix de Nobel de chimie de 1977 explique notamment que nous en sommes aux balbutiements de la science ; parce que l’hypothèse quasi-statique est abusive (un système est considéré passé d’un état à un autre par une infinité d’états d’équilibre intermédiaires) ; et que sa remise en cause change profondément les modèles que nous utilisons aujourd’hui.
Eh oui, dans les sciences de la matière (comme en finance...), les modèles tentent de formaliser une réalité : il ne sont pas la réalité.
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