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Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours

vendredi 3 septembre 2010 - H16

Ca y est : douillettement câlinés par un état-maman de plus en plus corpulent, les générations d’écocitoyens gentils, tendres, naïfs et prêts aux bisous républicains arrivent sur le marché de l’emploi. Et les plus choyés, les plus câlinés, ceux qui ne sont, finalement, jamais sorti du cocon moelleux de l’Éducation Nationale, arrivent maintenant à maturité et deviennent enseignants. Et là, c’est le drame.

C’est d’ailleurs une telle tragédie que notre presse nationale, elle-même déjà fort bichonnée par la Gouvernemaman, ne peut s’empêcher de relayer les tenants et les aboutissants de cette catastrophe qui se joue devant nous : Libération et Le Monde, frappés par la même idée originale et la même actualité, proposent deux articles, calibrés de la même façon sur un mode pas trop violent à écrire puisqu’il sera composé de témoignages poignants de ces anciens élèves / nouveaux profs confrontés à leurs premiers jours de classe, épargnant ainsi un épuisant travail au pigiste en charge…

Et ça se joue dès le titre : « Est-ce que je vais tenir la route face à la classe ? » pour Adrien du Val-de-Marne qui s’épanche dans Libé, et «  Je n’ai pas la moindre idée d’une classe » pour Jean qui a choisit Le Monde pour pleurnicher.

Pas de doute : on se situe ici à l’interface du drame humain, exactement sur la pellicule fine qui sépare la vie bénigne et douce des gens de tous les jours et celle, pleine de tracas, de rebondissements, de questions à la fois existentielles, matérielles et émotionnelles de ces aventuriers modernes de l’édutainment national ! Pour la première fois dans l’histoire des médias français, nous assistons à deux articles en prise directe avec le Zola poignant qui palpite au fond des collèges, des lycées, cette collision frontale, ce choc brutal du désir d’enseigner avec celui, contradictoire et antagoniste, de dormir au chaud près du radiateur !

Et quand on lit les témoignages, on sait qu’on a droit, ici, à du lourd, du reportage de terrain, avec de la tripe à vif, du boyau sanguinolent, avec au fond le bruit sourd des bombes, les sifflements stridents des balles de mitrailleuses et les cris, insupportables hurlements, de ceux qui tombent au champ d’honneur.

Ainsi, Lison (article de Libé), fantassin dans l’infanterie de maternelle moyenne section, affecté à une base stratégique dans le Val d’Oise, se fait lucide devant les dangers du combat qu’elle aura à mener :

«  « Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’idée qu’on n’a pas le droit à l’erreur, il faut faire ses preuves très vite.«  »

Une erreur, en maternelle moyenne section, ça ne pardonne pas. Pâte à modeler dans les cheveux, peinture mauve sur les chaussettes, gommettes bigarrées en surnombre sur le pull qui bouloche, on imagine assez vite l’ampleur qu’une erreur peut prendre. Plus d’un soldat est mort d’une approximation dans la lecture d’une comptine.

Et on comprend que les quatre jours de prise en main d’une classe sont une bien piètre béquille pour cette chair à canon lancée au front sans formation ! Quand on pense à tout ces jeunes qui, parallèlement, commencent leur premier CDI, dans des boîtes privées dont ils ne connaissent absolument rien, pour lesquels on n’attend pas, bien sûr, la moindre chose, le moindre rendement, et qui ne risquent pas, eux, de se faire virer s’ils merdoient dans les premiers jours, on conçoit l’amertume des jeunes recrues de l’EdNat devant un tel contraste de traitement !

Lucile, toujours dans l’article de Libé, nous donne tout de même une lueur d’espoir :

«  « les deux jours de formation qu’on a eu en début de semaine m’ont rassurée. On nous a expliqué comment mener le premier cours : se présenter, faire l’appel, vérifier l’emploi du temps, les fournitures, instaurer des règles de vie en classe… «   » Ouf ! Elle n’a pas été obligée de partir au front avec seulement sa mauvaise arquebuse rouillée et son canif à deux lames acheté pendant un voyage découverte en Suisse : on lui a aussi soufflé qu’il faudrait, probablement, se présenter, faire l’appel, vérifier l’emploi du temps, les fournitures, et bien expliquer que faire une bataille de boulette de papiers ou envoyer des SMS étaient passibles de sanctions.

Côté Le Monde, les bombes lacrymogènes font des dégâts. On découvre, atterrés, des témoignages bouleversants qui nous ramènent, n’ayons pas peur des mots, aux heures les plus sombres de notre histoire, disons du XIXème siècle, où la bourgeoisie exploitait sans scrupules les ouvriers en les faisant travailler 28 à 32 heures par jour pour un quignon de pain :

«  Après avoir passé deux ans à préparer l’agrégation, à étudier Shakespeare et les plus grands classiques de la littérature anglaise, à analyser la grammaire dans ses plus infimes détails, et à avaler des dizaines de dates, nous voilà propulsés à temps plein devant une classe (en l’occurrence des terminales) sans que personne ne nous ait jamais appris à gérer un groupe de 35 adolescents, ni même à préparer un cours. La réalité dans les lycées et collèges est totalement déconnectée de celle de ces concours d’excellence, et nous sommes donc les victimes de cette réforme. »

C’est une évidence : sans formation, propulsé devant des tueurs aguerris, en terrain totalement inconnu, on sent que l’espérance de vie est fortement réduite. Et puis, après tant d’années passées dans le cocon rassurant des études longues, à compulser du Shakespeare dans l’atmosphère studieuse et ouatée d’une étude ou d’une bibliothèque aux bois anciens, se retrouver ainsi dans un environnement aussi nouveau, aussi étranger, aussi lointain qu’un lycée ou un collège, dans ce concept de classe d’élèves qui est quasi-métaphysique pour celui qui n’en a jamais vu de sa vie, c’est plus que déstabilisant : c’est le ticket pour l’enfer, c’est le billet aller-simple assuré pour l’abattoir, la boucherie sans hésitation.

Et on ne mesure pas tous les enjeux si l’on s’arrête à ces lignes ! Car en réalité, derrière cette peur qui se cheville aux corps des plus solides, se cache aussi de nobles aspirations : celles d’enfin distribuer, généreusement et sans contraintes, un savoir raffiné aux futurs citoyens de la nation reconnaissante !

«  Aujourd’hui à Paris, devant inspecteurs et responsables financiers, il ne pouvait pas nous être communiqué le montant de notre salaire. On aurait juste voulu savoir si en plus de nous priver d’une formation digne de ce nom après un concours obtenu à bac +5, on allait pouvoir au lieu de coquillettes au ketchup, manger un pavé de saumon de temps en temps, pendant que l’on prend en charge l’avenir de nos petits citoyens en devenir. »

Du Zola, vous dis-je ! On sent d’ici l’odeur des coquillettes, on entend même le gargouillement des ventres tiraillés par la faim !

Mais le pire, c’est quand on se rappelle qu’en 1950, ou en 1960 ou même en 1970, les IUFM n’existaient pas. Les formations des instituteurs et des professeurs, l’apprentissage besogneux des hussards noirs de la République étaient réduits à leur plus simple expression. Courage inouï de ces soldats de l’enseignement ou simple inconscience leur permettant de réaliser l’impossible parce qu’ils ne savaient pas, justement, que c’était impossible ? On ne le saura pas, mais tous les élèves qui sont passés par leurs classes doivent mesurer, maintenant, l’incroyable talent, la bravoure sans pareille qu’ils ont dû déployer pour se lancer ainsi dans la carrière !

A lire ces témoignages qu’on imagine déjà posthumes pour certains d’entre eux tant les combats menés sont âpres et sans pitié, on ne comprend pas non plus comment de jeunes inconscients choisissent d’autres domaines d’activités que l’EdNat et se lancent dans l’aventure complètement cintrée du salariat dans le privé où l’on peut se retrouver, du jour au lendemain, avec des responsabilités, des dossiers, des clients en face de soi, et pire, la probabilité non nulle de se faire virer si on merde !

Ces confessions déchirantes de vérité nous rappellent à quel point la société moderne est violente, à quel degré les lois du marché sont impitoyables et l’ampleur ahurissante de bisournourserie à laquelle on a habitué toute une catégorie de branlemusards incapables de faire preuve d’une initiative, de bon sens ou de simple capacité d’adaptation. La lobotomie et la gonadectomie sont à ce point complètes que deux organes de presse en arrivent à relayer simultanément les atermoiements pathétiques de chiards apeurés par l’éventualité de passer de l’autre côté d’une barrière à laquelle ils sont restés scotchés à peu près toute leur vie.

Ce pays est mégafoutu.


Sur le Web : rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours

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  • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
    samedi 4 septembre 2010

    Certains prof des écoles osent rire lorsqu’on leur énumèrent les difficultés majeures rencontrées par un nombre croissant d’élèves, pour lire et écrire leur propre langue maternelle !

    Ils sont pourtant les garants d’un apprentissage élémentaire qui détermine dans les grosses lignes l’avenir de leurs petites têtes blondes mais ils n’en n’ont rien à cirer ! Nombreux sont les jeunes profs qui préfèrent pouffer et rire devant les résultats catastrophique de leur classe et des leurs élèves... à croire que ces personnes n’ont, en fait, jamais franchit le stade de l’age adulte car n’ayant jamais quitté l’école publique et son système pervers.

    • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
      dimanche 5 septembre 2010

      Ben voyons... Les profs seraient moins matures que les autres gens, et puis quoi, ils sentent mauvais, ont l’oeil mauvais, le nez crochu... ?

      C’est une personne qui se permet de telles généralisations stupides (pour quoi, une mauvaise expérience personnelle ?) qui ose parler de franchir le stade de l’âge adulte ?

      • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
        dimanche 5 septembre 2010
        D’un côté les profs se plaignent d’avoir les mains liées et, d’un autre, ils militent en majorité CONTRE une véritable autonomie des établissements scolaires ; cherchez l’erreur ! Dans mon post précédent je n’ai jamais généralisé à l’ensemble de la communauté enseignante, alors merci de ramasser dans votre poches ces petites accusations en dessous de la ceinture.
        • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
          lundi 6 septembre 2010

          Non effectivement, vous avez juste insinué qu’un nombre important de profs se contrefoutent de l’avenir de leurs élèves. Professionnellement c’est une accusation grave, juridiquement ce serait diffamatoire. Avec en plus l’insistance sur le propos, ça fait -encore- vraiment gaminerie d’élève "moi mon prof il est trop bête d’abord".

          Si vous vouliez dire qu’il est étonnant que les profs se plaignent de l’autonomie alors que ça pourrait leur apporter des avantages, pourquoi ne pas le dire clairement plutôt que de se contenter d’accusations d’aussi bas niveau intellectuel ?

          Ce n’est pas en crachant sur les profs en ricanant que vous ferez avancer les choses. Si vous avez des choses constructives à dire, dites les. Sinon, épargnez aux autres

          • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
            lundi 6 septembre 2010
            Hypersensible, en plus ?
            • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
              mardi 7 septembre 2010

              Non, juste marre des "gamins" qui critiquent de manière baveuse sans rien apporter de constructif. Et ce, quelque soit leur bord politique.

              "Bouh, c’est pas bien !" "Bouh, ils sont tous méchants !"

              Triste monde...

              heureusement, on dirait qu’un certain auteur anglais a réusi à faire parler de lui avec des propos plus critiques et constructifs que ce que j’ai pu voir ici. Certainement une porte ouverte vers l’autonomie des établissements bien plus intéressants que les "les profs c tous des cons lol".

  • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
    samedi 4 septembre 2010

    J’avoue avoir du mal à voir l’intérêt de cet article à l’argumentation digne... d’un élève de Terminale, justement. On pointe l’autre du doigt en faisant "haha" et en se foutant de sa gueule, sans rien critiquer, sans rien apporter. Juste en montrant une grande ignorance du milieu scolaire.

    Les années 60 ? La société a quelque peu évolué depuis, c’est bien beau de se palucher devant l’autorité naturelle des profs d’alors, encore faut-il le faire de manière logique. Et franchement, autant il y a des choses à critiquer sur l’EdNat, autant cracher un tel article sur la suppression d’une année de stage ne fait que décrédibiliser toutes les justes critiques qu’on peut porter à l’encontre du système éducatif.

    Une comparaison a été faite avec les jeunes diplomés cherchant un CDI. Serait-ce oublier la formation inculquée par les entreprises ? Serait-ce oublier qu’on se fout dans cet article de la gueule de l’EdNat parce qu’ils se plaignent de la suppression d’une période de formation similaire à ce qui est fait dans le privé ? Un jeune diplomé ne va pas tout de suite prendre la tête d’un gros projet, il aa des stages, des formations. Il serait donc bien plus juste de critiquer la formation des profs qui ne laisse pas assez de place à l’expérience plutôt que de critiquer les jeunes profs qui réclament de l’expérience, ce que fait cet article de manière bien plus démagogique et ridicule que les articles de Libération et du Monde.

    • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
      dimanche 5 septembre 2010, par h16

      L’intérêt de l’article est, justement, de faire éclore des commentaires dont certains sont typiques d’un corps quasi-religieux dont on aurait eu l’audace de se moquer.

      L’idée de l’article est simple : certains profs, les nouveaux, ont une vision très amusante à la fois de leur travail (en complet décalage avec la réalité), et de ce qui existe à l’extérieur, dans le monde privé. Ainsi, parler de la "formation inculquée par les entreprises", c’est du plus haut comique : dans 99% des cas, la formation n’existe pas du tout pour les gens qui commencent, c’est "démerde-toi et le ciel t’aidera" les premières heures, et si tu n’es pas capable de t’en sortir, on trouvera un autre qui, lui, saura.

      "Un jeune diplomé ne va pas tout de suite prendre la tête d’un gros projet, il a des stages, des formations." : non. La plupart du temps, on le jette dans le bain et on regarde s’il trouve la méthode pour nager. Après, en fonction de l’entreprise, on attendra plus ou moins longtemps de voir s’il sait nager. Et parfois, après un an ou deux, on propose des formations...

      Parce que voyez-vous, les formations, ça coûte cher. Pour un jeune diplômé, deux cas se présentent : ils ont un gros salaire (rare) et la formation vaut moins que le salaire. Le nouveau sera choyé, on place pas mal d’espoir en lui. On ne veut pas qu’il parte, il coûte cher et on essaye de le rentabiliser. Mais ce n’est pas le cas le plus fréquent.

      Le cas le plus fréquent, c’est le type qui commence à 1300 / 1500 € par mois, qui coûte donc au moins 2000€ par mois à l’entreprise, et pour lequel une formation reviendrait à deux ou trois mois de travail. Tant que le type n’a pas au moins rapporté le coût de sa formation, il peut toujours attendre. Simple calcul comptable.

      Je sais, c’est froid, c’est terrrrrible, mais c’est comme ça que ça se passe.

      • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
        dimanche 5 septembre 2010, par tohu-bohu

        > Le cas le plus fréquent, c’est le type qui commence à 1300 / 1500 € par mois

        Arrêtez vos affirmations misérabilistes qui consistent à présenter le salarié du privé comme un pauvre esclave sous-payé qui est forcé de tout accepter. Ce n’est pas la réalité. Je connais très bien le secteur du BTP où nous avons un pourcentage de 80% de salariés issus de l’immigration souvent ne sachant pas écrire ou très mal (majorité Portugal mais aussi Cap-vert, Sénégal et pays du Maghreb). La moyenne mensuelle des salaires NETS est autour de 1500 euros pour les catégories ouvriers sans qualification particulière Je ne parle pas des diplomés : agents de maitrise, chefs de chantiers et cadres qui gagnent beaucoup plus. L’entreprise envoie sans arrêt les ouvriers les moins qualifiés en formation (pour conduite d’engins et utilisation des produits chimiques) sans rentrer dans les calculs d’apothicaires ou de calcul du seuil de rentabilité, que vous présentez comme la règle dans le secteur privé. Pour les embauches ce sont les salariés qui sont en position de force, la plupart du temps et l’entreprise, même sans syndicat, est sans cesse mise en difficulté par des chantages à la démission pour obtenir des demandes de hausses de salaires ou de versements de primes.

        • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
          dimanche 5 septembre 2010, par h16

          Le salaire médian, en France, c’est 1655€ (50% des gens gagnent moins, 50% plus), et donc a priori ce n’est pas le salaire normal minimum d’un type qui débute. Que dans le BTP, ils soient un peu plus payés et disposent de formation, tant mieux, encore que votre expérience personnelle ne corrobore pas l’ensemble des statistiques établies par différents organismes. Mais vous vous touchez carrément si vous imaginez que c’est le cas pour toutes les autres professions.

          "Arrêtez vos affirmations misérabilistes qui consistent à présenter le salarié du privé comme un pauvre esclave sous-payé qui est forcé de tout accepter"

          Si vous me lisiez plus souvent, vous sauriez que ce n’est absolument pas le crédo de la maison.

        • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
          samedi 13 novembre 2010, par Rome

          Juste pour apporter ma pierre à l’édifice. Je travaille maintenant depuis 10 ans dans le secteur de l’édition et je confirme les propos jugés "misérabilistes".

          Par exemple, juste moi, après 2 ans de service dans une maison d’édition, ils m’ont proposé une place de chez de service avec salariés à ma charge, avec grosses responsabilités à la clef, avec nécessité de trouver les axes de rentabilité et plein de trucs comme ça. En terme de salaire, il était inimaginable de l’ajuster à mon nouveau poste pensez donc augmenter de 200% quelqu’un ? Non mon salaire a été augmenté de 10% et c’est bien évidemment pour un chef d’entreprise ou un chef de service quelque chose d’extraordinaire 10%. J’étais donc chef de service avec toutes ces responsabilités pour 1621€ net par mois.

          Deuxième exemple, maintenant je travaille dans une autre maison d’édition et je discute avec des éditeurs. J’ai discuté avec un jeune éditeur en charge d’un ouvrage important pour la maison d’édition (style 12 ou 13 auteurs à gérer, 5 ou 6 intervenants artistiques dessus, un budget dépensé d’environ 60 000€ et donc des objectifs de rentabilité pesants), il est en CDD depuis 1 an et demi pour 1200€ par mois environ. Dernièrement on lui a proposé un poste en CDI : assistant éditorial avec un salaire de 1300€. On bouge à peine son salaire et on lui demande de faire un travail inférieur à ses compétences avérées. En d’autres termes, on lui demande de faire un boulot de stagiaire mais cette fois-ci en CDI. Et comment on valorise cela sur un CV ?

          Un troisième exemple, j’ai discuté avec une éditrice qui est en charge en partie d’une collection très rentable pour cette même maison et donc il ne faut pas déconner avec. Elle est en CDD avec le même salaire de 1200€ par mois. Depuis sa sortie de son école d’éditrice elle enchaîne depuis 5 ans des stages et des CDD avec aucun poste fixe à la clef et pourtant l’entreprise lui dit clairement qu’elle est brillante et quelle veut continuer à travailler avec elle.

          [Pour être misérabiliste je dirais que tout ceci se passe à Paris, qu’avoir un logement sans CDI ça relève de la magie, que payer un loyer d’environ 600€/mois pour un 20m2 avec un salaire de 1200€ ça relève du sacrifice christique. Mais de ceci nous n’en parlons plus, c’est un acquis.]

          Ca fait presque 10 ans maintenant que je travaille dans le secteur de l’édition et des histoires comme cela il y en a de très nombreuses. J’ai vu tourner une maison d’édition avec 3 fois plus de stagiaires que de CDI.

          Dans le secteur de l’édition, ce n’est pas du misérabilisme c’est un fait, c’est la réalité, les choses sont ainsi.

          J’espère avoir apporté ma pierre à l’édifice.

          Merci

  • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
    vendredi 3 septembre 2010
    Question annexe : depuis que l’éducation nationale existe, combien de profs ont commencé leur carrière sans avoir reçu d’enseignement de la pédagogie ?
  • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
    vendredi 3 septembre 2010, par Kiro

    Très bon article, H16 résume très bien la situation de la France : tout le monde veut avoir un salaire de ministre sans travailler.

    Ce pays est ultra-mega-foutu !

    • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
      vendredi 3 septembre 2010, par prof_et_fier_de_l_etre
      Cet article est sandaleux et pue le populisme de très bas niveau. Oui ! Etre profs des écoles, des collèges ou des lycées en 2010, c’est mille fois plus difficile qu’en 1960. En 1960, les problèmes de discipline et de violence étaient très rares dans les établissements alors qu’aujourd’hui les enseignants qui debutent sont confrontés de plein fouet à ce fléau. Bien entendu, un prof qui a 35 ans d’ancienneté et qui réussit à obtenir un poste dans le 6 ème arrondissement de Paris ou dans une petite école de Province connaitra à peu près les mêmes conditions que ses prédecesseurs des années 60 ; mais celui qui debute en Ile de France sera automatiquement muté dans le 93 ou le 95, avec des classes surchargées comportant 80% d’élèves issus de l’immigration , d’un niveau scolaire très faible , souvent incapables d’écrire et n’utilisant pour s’exprimer qu’ un argot des cités inintelligible ou injurieux. Donc, non seulement il ne pourra pas enseigner correctement le programme imposé aux quelques rares élèves studieux de la classe mais il devra affronter (le mot n’est pas trop fort) des élèves rebelles ou provocateurs. Donc, c’est un peu trop facile de jeter la pierre sur le monde enseignant qui est obligé de faire la classe à des élèves qu’on lui impose et doit traiter sans cesse des problèmes de discipline, au lieu de faire son métier qui est d’enseigner.
      • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
        vendredi 3 septembre 2010, par h16

        Quand on lit les témoignages, on comprend que tout est effectivement plus compliqué : mêmes les maternelles sont remplies de petits sauvageons intenables, et on comprend le doute qui étreint les pauvres Prrrrofesseurs des Ecoles (ex instits) !

        Faudrait tout de même pas essayer de nous faire croire que les problèmes graves de quelques classes dans quelques établissements en France forment un phénomène courant, répandu et majoritaire.

        En outre, le problème décrit, qui existe effectivement dans certains établissements à problème, peut être résolu par un retour ... aux méthodes des années 60, justement.

        Vous êtes comme beaucoup : vous imaginez que l’enseignement dans les années 60 était plus facile parce que les gamins n’étaient pas des sauvageons, alors que c’est l’inverse. Les gamins n’étaient pas des sauvageons parce que l’enseignement était plus simple : le prof avait autorité, sa hiérarchie le suivait, les parents d’élèves savaient que le prof devait tenir sa classe et ne venait pas chouiner ou menacer d’un procès à la con pour une tarte bien méritée.

        Il n’y avait pas de programmes scolaires à la con, c’était du gros bon sens (ex : histoire apprise en partant de 0 et en allant jusqu’au 20ème, bêtement chronologiquement, calcul de base & mental inculqué à force de répétitions par coeur, orthographe créative systématiquement punie, de vraies sanctions quand l’élève fautait, etc...) ... Et aucun atelier poterie ou macramé pour les jeudis pluvieux, ou de formation "Psychologie et Référentiel bondissant" pour les profs en mal de vacances camouflées.

        Et si vous me dites qu’il est populiste de dire que certains profs ont une vision complètement à l’ouest de la vie d’une classe ou de la vie réelle dans le secteur privé, so be it : je serai populiste.

        Il est temps d’écarquiller les yeux : nous formons des armées de lopettes.

      • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
        samedi 4 septembre 2010, par Isabelle
        C’est vrai que grâce au super-système de l’éducation nationale, un prof qui a 35 ans ( ?) d’expérience a toutes les chances de trouver un poste pépère puisque ce sont justement les jeunes diplômés que l’on affecte aux postes les plus difficiles. Là, on se heurte donc plutôt à un problème interne à l’EN. Il serait peut-être temps de faire le bon diagnostic pour apporter les bonnes solutions...
        • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
          samedi 4 septembre 2010, par Hippolyte
          Concernant les activités manuelles de loisirs, l’école n’a pas vocation à les enseigner ni à les organiser. Si elle a eu tendance à le faire depuis plusieurs années, c’est une dérive condamnable. Il existe pour cela des clubs associatifs ou même des structures commerciales où chacun est libre d’y inscrire des enfants, en dehors des heures de scolarité. Ce n’est pas parce qu’un tel club, qui doit faire des bénéfices, va demander 100 ou 150 euros d’inscription pour l’année et le paiement, en sus, des fournitures, que sous la pression de parents , l’école doit se substituer à ces offres concurrentielles, et proposer le même type d’activité aux frais du contribuable. j’irai même plus loin en disant que devrait constituer une faute professionnelle succeptible de révocation, toute initiative d’enseignant organisant dans les locaux scolaires, une activité autre que celle fixée par le programme d’enseignement décidé par le rectorat.
          • Rentrée scolaire : mauvais karma pour les bisounours
            lundi 1er novembre 2010, par Vincho

            Bon j’arrive largement après la bataille. Il y a des vérités dans tout ce que j’ai pu lire, et aussi une méconnaissance de la profession.

            Je souhaitais donc juste ajouter que oui, les profs ont une situation largement coupée du vrai monde du travail mais en même temps une majorité d’entre nous (oui j’en suis) ne vit pas dans un cocon. Famille, amis... Je pense percevoir à peu près comment fonctionne le privé.

            Petite précision pour ceux qui l’ignorent, et parce qu’on aime bien se plaindre dans ma branche : nous n’avons pas de médecine du travail, pas de primes, pas de CE... Tout en ayant bon nombre d’avantages par ailleurs. L’exemple qui revient souvent c’est la sécurité de l’emploi : ça mériterait largement un débat sérieux parce que si c’est très rassurant ça nous oblige à composer avec des collègues qui auraient été virés depuis longtemps de n’importe quelle autre boîte.

            Enfin, dernière chose : le jeune qui arrive dans le privé connaît sûrement des moments difficiles, formé ou pas. Le jeune qui arrive dans l’enseignement c’est plutôt sans formation. Et il va bosser avec des êtres humains, c’est une sacrée responsabilité et une pression importante pour certains d’entre nous. Même en maternelle. Et si votre description de celle-ci m’a fait sourire, il n’en reste pas moins que tout le monde n’est pas capable de gérer 30 mômes de cet âge. Ca reste un métier.


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