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La Pologne a décidé d’ouvrir les dossiers de la police politique

lundi 12 février 2001

La Pologne a attendu plus de dix ans pour ouvrir enfin aux victimes des persécutions communistes les archives de la police politique de l’époque, la Sluzba Bezpieczenstwa (SB), dissoute en 1990. Tout Polonais qui estime avoir été persécuté par l’ancien régime depuis 1944 peut désormais demander à consulter son propre dossier parmi ceux que les services spéciaux communistes constituaient contre tout élément jugé subversif. Un acte de justice historique qui permettra enfin d’expurger la mémoire collective selon les uns, un procédé générateur de drames individuels et de conflits politiques selon d’autres. L’Allemagne avait fait la même chose aussitôt après la chute du mur en créant le fameux Institut Gauck, qui gérait les dossiers de la sinistre Stasi, la police secrète de l’ex-RDA.

En Pologne, l’échéance a sans cesse été repoussée. Finalement, un Institut de la mémoire nationale (IPN) a été créé en 2000 pour gérer les archives de la SB et pour en ouvrir l’accès aux intéressés. La procédure veut que les postulants adressent à l’IPN un formulaire spécifique demandant l’autorisation de consulter leur dossier. Mais c’est l’Institut qui décide qui peut être considéré ou non comme victime de l’ancien régime. Dans les dossiers ouverts aux intéressés, les noms des mouchards seront rayés, mais il restera possible de les connaître sur demande spéciale. Les noms de certains agents toujours actifs dans les services spéciaux ne seront toutefois pas dévoilés, a précisé le chef d’IPN, Léon Kieres. "Je n’exclus pas que des drames humains puissent se produire à cette occasion, mais personne n’est obligé de consulter son dossier", a-t-il souligné.

Des queues se sont formées dès les premiers jours devant les bureaux d’IPN, ouverts depuis le 7 février dans plusieurs villes de Pologne. D’anciens militants du mouvement Solidarité, mais aussi des personnes très âgées, victimes de persécutions staliniennes, se sont précipités pour demander à voir leur teczka, le dossier personnel de police. Le chef des services spéciaux actuels, Janusz Palubicki, ancien responsable national de Solidarité, emprisonné sous la loi martiale en 1981, est aussi venu le premier jour pour prendre son formulaire. Mais il est sceptique quant à la véritable valeur des documents de la SB. "La plupart des dossiers d’opposants susceptibles de jouer un rôle dans la vie publique ont été expurgés en 1989", a-t-il dit à la presse, sans doute en connaissance de cause.

SITE INTERNET

Plusieurs personnalités publiques, ex-opposants au régime communiste, ont déjà fait savoir qu’elles étaient intéressées. Le président du syndicat Solidarité, Marian Krzaklewski, a dit qu’il allait non seulement demander à connaître les noms des informateurs de la SB, mais aussi les rendre publics sur son site Internet. Un ancien militant anticommuniste, Stefan Niesiolowski, aujourd’hui député national-chrétien, s’est dit "très intéressé de savoir qui était l’informateur" de la police. "S’il y a parmi eux des personnalités publiques, je demanderai leur démission", a-t-il dit. Un député libéral, Jan Litynski, membre de l’opposition démocratique des années 1970-1980, est plus sceptique : "Je suis conscient que mon dossier a été confectionné avec mauvaise foi. Je pourrais y apprendre de mauvaises choses sur mes amis sans aucune possibilité de vérification, alors qu’une ombre aura été jetée. Je préfère donc ne pas le voir."

Lech Walesa, ancien chef de l’Etat, ne fera pas de demande, disant qu’il connaît déjà son dossier. Les prélats de l’Eglise de Pologne ne sont pas pressés non plus. "Je ne suis pas très intéressé de savoir qui m’a surveillé, car je le sais plus ou moins", a dit le cardinal-primat de Pologne, Mgr Jozef Glemp. L’archevêque de Gdansk, Mgr Tadeusz Goclowski, a dit "laisser aux autres le soin de se précipiter", sans exclure une demande ultérieure.

Michel Gara

Vingt noms prestigieux

L’Institut de la mémoire nationale (IPN) à Varsovie a dressé de sa propre initiative une liste de vingt noms parmi les opposants les plus prestigieux et les plus âgés afin qu’ils puissent consulter leur dossiers dès à présent s’ils en expriment le souhait. Le premier à y avoir accès sera l’actuel ministre polonais des affaires étrangères, Wladyslaw Bartoszewski. Agé de 78ans, cet ancien dissident avait été contraint à l’émigration au début des années 1980.

Interrogé sur le sentiment qu’il pourrait ressentir en apprenant quelle personne, dans son entourage, avait été l’informateur de la police politique de l’ancien régime, il a répondu avec humour : "Seul le nom de mon frère ou de ma sœur auraient pu m’émouvoir vraiment. Mais, Dieu merci, j’étais enfant unique."

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